Lecture

L’Art de la Joie – Goliarda Sapienza (2)

Le roman est publié en 1996 mais cela faisait déjà vingt ans qu’il était écrit. ce roman véhicule une vision particulière de l’amour . L’amour y est abordé autant dans l’aspect sexuel que sentimental. Si l’approche de la masturbation, de l’homosexualité ou encore de l’acte sexuel sont d’une intelligence vive, ce qui est frappant c’est qu’il n’y a pas distinction entre un amour noble et un amour vil. L’amour noble serait le sentiment amoureux quand l’amour vil serait sexuel. C’est l’amour dans sa totalité qui y est vu comme un vecteur de liberté, une illusion réelle tout autant qu’une sensation de plénitude.

 

Une tendresse jamais connue auparavant me faisait être tranquille au milieu de ces arbres qui tournaient autour du soleil, sûre de ne pas sombrer.

Amour n’est pas que tranquillité, il est aussi angoisse. On retrouve aussi la fameuse dualité entre la plénitude, l’exclusivité du sentiment amoureux ( l’abandon à l’amour) et la violence du désir, physique et bestial.
Mais ce que le roman a de plus impressionnant, c’est surement la faculté de Modesta à tomber amoureuse, à ne plus aimer, à être aimée et surtout à ne pas sacraliser l’amour, ne pas le rendre éternel. La considération de l’amour comme un ensemble parfois en conflit a un côté rassurant. Cela fait tomber le mythe de l’Unique Prince Charmant. Cette idée de l’amour éphémère me rend joie, peut-être parce que l’engagement et moi sommes deux entités bien distinctes et que l’idée d’un amour éternel s’avère terrifiante ou encore parce que la peur de me tromper sur l’homme de ma vie ou la femme, que sais je, me fous une pression monstre.
-Eh bien, ce garçon là, j’aurais pu l’aimer si je n’avais pas penser à toi.
– Quelle découverte ! Tant pis pour lui s’il n’a pas su être à ma hauteur.
– Maudit que tu es ! Voilà ce que je voulais t’entendre dire. Alors, si après toi je ne trouve personne à la hauteur?
– Tant pis pour toi si tu ne sais pas le trouver !
 
Pourtant, ce n’est pas grave. L’amour, ce n’est pas grave. Il y en a d’autre ! On peut aimer plusieurs fois ! Et puis, voilà, on y est dans ce dialogue, l’amour n’est plus une maladie qui nous tombe dessus, l’amour se cherche, se trouve, répond à des expériences, des rencontres, l’amour se construit et pourtant il reste une part de mystère.
Et justement, ce qu’il y a de fou c’est que malgré cela, l’amour garde son magnétisme, son mystère. On est attiré pour on ne sait quelles raisons, on peut être passionné et totalement irrationnel. Rien est exclu !
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