Mémoire d’une Jeune Fille Rangée – Simone BEAVER

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Il y a quelques temps, la tête dans le gris des nuages, je ne parvenais pas à avancer. J’étais bloquée quelque part et surement, dans l’attente d’un miracle, d’une révélation. C’est ainsi que j’ai lu plusieurs romans et la révélation s’est faite connaître : Mémoire d’Une Jeune Fille Rangée.

Premier tome de l’autobiographie de la femmeuse auteure  » on ne nait pas femme, on le devient » ( qui n’est pas extrait de cette autobiographie), ce livre est spectaculaire.

D’un point de vue purement littéraire, le texte est riche en métaphore, allitération, énumération, exagération… bref en toutes ces petites choses et le principe de l’autobiographie est à son sommet. Honnêteté et transparence totale, stupéfiant.

Mais lisons-nous réellement pour cela ? Je ne pense pas.

En lui-même, ce récit est la retranscription des vingt premières années de Simone de Beauvoir. On y voit son enfance, sa jeunesse et ses débuts de jeune étudiante brillante. Simone a une approche sensible du monde ce qui donne naissance à un texte merveilleux : on ressent, on voit, on vit. Au delà de cela, c’est aussi toute l’enfance d’un de nos plus grandes auteurs dont on lit la vie, ce qui est très intéressant.

D’un point de vue historique, cela raconte aussi, d’une certaine façon, la guerre et la vie post-guerre ( la 1GM). On voit la rupture violente occasionnée par celle-ci, notamment une rupture de la pensée comme de la vie du quotidien qui cause une fracture entre deux générations. C’est une naissance nouvelle des « intellectuels » avec le développement d’une langueur que Simone appelle l’Inquiétude. C’est la destruction de Dieu ( Hello, Nietzsche) et la quête d’un nouvel absolu.

Il avait découvert dans les tranchées les joies d’une camaraderie qui supprimait les barrières sociales, il n’accepta pas d’en être privé, après que l’armistice l’eut rendu à ses études; cette ségrégation qui dans la vie civile sépare les jeunes bourgeois des jeunes ouvriers, il la ressentit comme une mutilation; d’autre part il estimait que tout le monde à droit à la culture. Il croyait à la vérité de cette pensée exprimée par Lyautey dans un de ses discours marocains : par delà toutes les différences, il existe toujours entre les hommes un dénominateur commun. […]

Car il n’est pas possible, affirma Garric au milieu des applaudissements, que le progrès social sorte d’une lutte dont le ferment est la haine : il ne s’accomplira qu’à travers l’amitié.

Ce qui est très intéressant, c’est que Simone de Beauvoir, tend déjà à dépasser ces intellectuels de l’Inquiétude. Elle voit qu’ils sont tombés dans la fracture. Il y a la perte de repère sociaux, la conscience sociale qui émerge mais l’on voit aussi cette langueur, le marasme dans lequel une multitude de jeunes bourgeois qui rentrent de la guerre sont. Il y a la quête d’une nouvelle identité.

Pour autant, le déterminisme, le « scolaire », la force et la volonté de Simone désacralise l’intellectualisme. Elle met à nue sa construction avec une honnêteté désarmante.

Et il y a aussi sa « vocation » de « tout dire », ses doutes, ses faiblesses et ses jeux, tout est écrit avec élégance, passion et une vivacité extrême.

Il faut que ma vie serve ! il faut que ma vie serve! Une évidence me pétrifiait : des tâches infinies m’attendaient, j’étais tout entière exigée; si je me permettais le moindre gaspillage, je trahissais ma mission et je lésais l’humanité.

Parce que oui, ce texte est vivant. Pire encore, il donne envie de vivre « plus ». Il y a quelques temps, je vous avez fait l’éloge de L’Art de la Joie de G.Sapienza ( à jamais mon roman préféré de la vie, sachez le) et de cette énergie qui en découlait. Cette profusion de vie, je vous promets que ces deux lectures ont eu le même effet sur moi : j’aurais pu boire 5 boissons énergisantes d’affilées que j’aurais eu moins de vie. Bref, lire, c’est revigorant.

La pensée et la vision de Simone sont fortes et totalement en avance sur son temps. A lire, on pourrait croire à l’inné de la pensée philosophique de Simone. Genre bim bam boum, un matin je me lève et PAF je pense l’avenir comme personne. C’est surprenant comme elle arrive, par la littérature, à s’évader et aller au-delà de sa condition ( ce qui est le propre de sa condition, car elle est conditionnée pour cela SOCIOLOGIE, BERGSON, BOURDIEU CQFD).

Rejetant les clichés, les lieux communs, ils refusaient avec mépris les anciennes sagesses dont ils avaient constaté la faillite; mais ils n’essayaient pas d’en construire une autre; ils préféraient affirmer qu’il ne faut jamais se satisfaire de rien : ils exaltaient l’inquiétude.

Ce qui est réellement dommage, c’est que l’on réduise aujourd’hui bien trop souvent Simone de Beauvoir à une féministe combative. Simone n’est pas née féministe, elle l’est devenue ( Le Deuxième Sexe). Pourtant, elle est une romancière de très très grande qualité. Ce devrait-être une lecture obligatoire! Je vous offre quand même de l’émerveillement :

 

 

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