La citoyenneté s’apprend au berceau.

rpf

Maintenant que les Européennes sont passées, qu’on en a parlé, reparlé, que Marine a fanfaronné, fait démissionner ses copines, que Copé n’est plus à l’UMP, et que tout le monde s’en moque, je vous publie une réaction à ce sujet. Pas la mienne, auto-censurée pour vulgarité accrue et anti-démocratie, mais celle d’une citoyenne française de 19 ans et concernée, parce oui, les mecs ( les mecs et les meufs d’ailleurs, me taxée pas de ce que je ne suis pas, ce sont les règles de grammaires), ça existe encore.

Je suis habituée aux « votes-sanction », aux « votes-contre » et aux poussées de l’extrême-droite qu’ils provoquent : j’avais 7 ans en 2002 lorsque le FN est passé au deuxième tour des présidentielles. J’en ai 19 aujourd’hui, alors qu’ils obtiennent 25% aux élections européennes.

Mais qu’est-ce qui a changé entre temps ? Ma perception des choses certainement.

J’ai la chance d’avoir des parents qui ont toujours pris la politique au sérieux et qui m’ont appris dès le plus jeune âge ce que voulait dire les élections, qui m’ont transmis le sens du devoir civique.

C’est pourquoi même la gamine que j’étais alors avait compris à quel point ces résultats étaient affreux, inquiétants, indignes de notre pays. Mais à l’époque je n’avais aucune existence politique, trop jeune pour voter, trop jeune même pour avoir ma propre opinion. Donc ce n’était pas ma faute si les « grands personnes » faisaient n’importe quoi, je pouvais m’indigner dans mon coin, sans que cela me touche vraiment.

J’aimerais pouvoir dire que ça a changé au fil des ans, jusqu’à ce que, à 18 ans, je ressente tout le poids qu’avait le bulletin que je glissais dans l’urne. Mais ça n’a pas vraiment été le cas. Bien sur je savais bien avant d’avoir l’âge de voter à quel point ce geste était important, c’était un droit pour lequel mes ancêtres s’étaient battus, un devoir aussi.

Je savais (en théorie du moins) qu’on ne choisit pas son candidat à la légère et que chaque vote compte. Mais c’est le 25 Mai 2014 que j’ai eu la véritable révélation :

malgré mon droit de vote, je continuais à croire inconsciemment que je n’étais pour rien dans ce que la France était en train de devenir.

Que vaut une voix ? Que vaut la parole d’une fille de 19 ans contre toute la France ? Que pèse-t-elle dans un système politique dirigé en grande partie par des personnes nées une, deux voire trois générations avant elle ?

Je pensais que c’était toujours les « grandes personnes » qui menaient la danse, elles qui avaient le pouvoir économique et politique. Si ce n’est pas ma génération qui dirige, si ce n’est pas elle qui pèse le plus, ce n’est pas ma faute si la France est représentée à l’échelle européenne par des gens que je méprise et qui me font peur, si ? Et pourtant si.

Ce soir-là j’ai ressenti le découragement de voir que mon vote s’était perdu dans cette vague de haine et de réaction mais j’ai aussi ressenti la culpabilité de voir se construire sous mes yeux une France si éloignée de ce qu’elle représente pour moi.

J’ai compris que dans la question « quel(le) France/ Europe/Monde laisserons-nous à nos enfants ? » je ne faisais plus partie des enfants. Ces enfants ce sont ceux qui naissent aujourd’hui, qui naîtront dans 10, 20 ans et qui, plus tard, me demanderont des comptes.

A en croire les résultats de ce dimanche il n’y a guère d’espoir à avoir pour l’avenir : 70% des jeunes de moins de 35 ans se sont abstenus et 30% de ceux qui ont voté ont choisi le FN. Serions-nous réactionnaires, racistes ou fascistes ? Je ne comprends absolument pas qu’on puisse être jeune et voter FN et je ne crois pas que ces jeunes-là représentent notre génération. Nous sommes une génération qui a grandi avec l’Euro, l’espace Schengen, à qui on a appris que l’Europe (comme unité économique, et non comme un éclatement de pays) était la deuxième puissance économique mondiale. Une génération qui, grâce aux échanges, à ERASMUS et à Internet, a des amis dans toute l’Europe, voire dans le Monde entier. Une génération qui n’a jamais connu de conflit européen, dont les parents voire les grands-parents ont toujours vécu dans une Europe pacifiée grâce à la construction européenne. Nous ne sommes ni réactionnaire ni raciste ni fasciste, nous n’avons pas l’habitude de vivre dans un Monde cloisonné et nous ne le voulons pas. Nous avons de bonnes choses à apporter à la France et à l’Europe. Nous devons simplement nous rendre compte que ne pas voter c’est laisser la voie libre aux électeurs FN qui, eux, se déplaceront toujours. C’est les laisser imposer leurs idées nauséabondes et faire croire au Monde que nous pensons comme eux.

Alors il n’est plus temps de blâmer les plus vieux, il n’est plus temps de croire que nous n’avons pas de pouvoir, il n’est plus temps de déculpabiliser. Nous sommes tous les citoyens d’une démocratie, donc nous avons du pouvoir et des responsabilités et il est temps que nous agissions en conséquence, en faisant entendre notre voix et en allant voter, en usant de notre droit et en faisant notre devoir vis-à-vis du pays, de l’Europe, de l’avenir et de nous-mêmes.

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