Contre le concert des immobiles, POUR la réforme du collège

Je ne suis en rien légitime pour protester comme me l’a reproché un contestataire effarouché de la réforme du collège, je n’ai pas le CAPES, je ne devrais donc pas avoir le droit de parole.

Pourtant, j’ai été élève, latiniste, je me suis essayée à l’allemand et aujourd’hui, j’enseigne le français au collège. Je viens de passer mon CAPES en Lettres Modernes et je suis profondément révoltée par le procès qui est fait à la réforme du collège.

S’il y a bien une chose à reprocher aux professeurs, c’est souvent leur vision réactionnaire de l’enseignement. Cela est souvent la cause de carences dans la formation donnée qui forme de beaux érudits nostalgiques de leur scolarité mais complètement déconnectés de la réalité. Le changement, c’est pas pour maintenant.

Soyons réalistes, nous ne pouvons pas apprendre la même chose de la même façon. Les sciences, les recherches évoluent, refuser de l’admettre, c’est refuser le progrès, c’est refuser l’essence de l’homme.

Alors que le constat est clair pour l’ensemble des enseignants :  nous n’enseignons pas comme on nous a enseignés lors de notre scolarité. Les attentes, les comportements tout est différent. Ce constat est sans appel pourtant, beaucoup restent réticents à un changement.

Alors que le monde est connecté, que les réseaux sociaux et professionnels s’emparent d’internet, qu’internet est une source de savoir infini, il n’y a qu’à voir la réticence à utiliser internet, les tablettes, les vidéo projecteurs et autres. C’est qu’il s’agirait de vivre avec son temps et pas avec son cœur de jeune écolier. C’est à nous d’apprendre aux élèves à ce servir de ces outils, à les comprendre et les maîtriser.

Les critiques de la réforme portent sur plusieurs points dont voilà les principaux :

  • Sur la question du latin, du grec et de l’Antiquité.

Il est reproché à la Ministre et à la réforme d’y mettre fin en transformant l’actuelle classe de latin par un des huit nouveaux enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI)  qui sera consacré aux langues et cultures de l’Antiquité avec en plus un « enseignement de complément » possible. Cet enseignement complémentaire sera d’une heure en cinquième et de deux heures en troisième et quatrième. Voilà ce que prévoit la réforme.

Les arrêts de 2002, 2004 et 2006, prévoyaient pour l’enseignement facultatif du latin 2 heures en cinquième, et en quatrième et troisième un enseignement de 3 heures.

Premièrement, on peut donc constater qu’entre l’enseignement complémentaire possible à venir et le cours facultatif actuel, il y a une baisse du quota d’heure, ramenant celui-ci à 5 heures au lieu de 8 heures. Avant d’hurler au scandale, l’enseignement complémentaire prévu est comme son nom l’indique, complémentaire. Il faut donc intégrer l’enseignement pratique interdisciplinaire consacré aux langues et cultures de l’Antiquité qui est un EPI possible de suivre sur les trois années du collège. Le nombre d’heures reste ainsi inchangé.

J’entends déjà les réfractaires, il y a 8 EPI et seulement 6 sont obligatoires. Le latin étant facultatif à l’heure actuelle, peut-on me dire la différence ?

J’ai pu lire ainsi que « Les profs de langues anciennes craignent de se retrouver avec la portion congrue : il va falloir convaincre les profs d’histoire, de maths ou de sciences de mener un cours interdisciplinaire avec celui de latin. »

Certains professeurs de langues anciennes énoncent donc leur crainte que cet EPI soit délaissé par leurs collègues. Comment veut-on imposer à des élèves ce que les professeurs eux-mêmes ne souhaitent pas ? D’autant, que l’EPI dont il est question est en corrélation direct avec les enseignements des programmes d’histoire et de français – c’est ce qu’on appelle de l’interdisciplinarité, je crois bien-. Il s’agit donc d’un faux débat.

Par ailleurs, il faut se rendre à l’évidence, il existe déjà de moins en moins de professeurs de lettres classiques. Dans l’académie où j’ai passé mon CAPES, nous étions seize en lettres modernes pour trois en lettres classiques.

Ainsi, à moins de faire enseigner les langues étrangères par des personnes qui n’en ont pas nécessairement les compétences ( la latin n’étant pas nécessaire à l’obtention du CAPES de Lettres Modernes, je ne vois pas comment les professeurs de Lettres Modernes pourront se substituer à leurs collègues de Lettres Classiques), cet enseignement dans tous les collèges reste un objectif vain. Le latin ne multipliant pas les professeurs comme des petits pains.

Et cela sans parler de la baisse constante des effectifs dans ces classes.

  • De l’enseignement pratique pluridisciplinaire

Certains syndicats se révoltent que la mise en place des EPI empiète sur les heures de cours « disciplinaires ». La bonne blague, pensaient-ils réellement qu’il fallait ajouter des heures de cours aux élèves ? Leur journée n’est-elle pas assez dense ?

D’un point de vue pédagogique, les projets comme « classe à l’envers » c’est-à-dire la pédagogie inversée notamment possible avec les TICE, était encensée il y a encore quelques mois, quelques années.

Aujourd’hui, l’EPI permet d’avoir recours via des problématiques qui parlent aux élèves à ce genre de pédagogie plus participative. Les même qui, hier, encensaient les pédagogies participatives donnant une réelle dimension au savoir acquis par les élèves, sont les premiers à jeter la pierre à ces enseignements interdisciplinaires !

Dans certains établissements, ce genre d’approche existe déjà notamment des modules comme « la narration de recherche ». La narration de recherche étant un compte rendu rédigé qui énonce toutes les étapes de la recherche mathématique effectuée par l’élève sur un problème donné. Ces narrations permettent d’introduire les notions de conjecture, de vérification, de contre-exemple, de justification et de démonstration  lors des corrections, ce qui fait le lien entre les mathématiques et le français. Ces approches connaissent un retour positif, les élèves ainsi cessent de percevoir les disciplines comme compartimentées et développent une réflexion personnel. Par ailleurs, l’étude des disciplines par ce biais est moins « agressif » et les élèves y participent avec plus de volonté.

Il est aujourd’hui impossible de ne pas faire le constat suivant : la discipline est mise à mal. Les élèves ont du mal à garder le même niveau de concentration tout au long de la journée. Souvent, ils se plaignent de leur temps de travail et de la pédagogie utilisée : la pédagogie frontale. Alors qu’en tant qu’enseignant nous nous plaignons de cette conjoncture, pourquoi ne pas saisir l’opportunité qui nous est donné d’enseigner d’une façon plus ludique moins agressive pour les élèves ?

  • De l’enseignement de l’Allemand

Partout, on entend que la réforme fait disparaître l’allemand. L’Allemand – comme le Latin- n’est pas le choix de masse des élèves au profit souvent de l’anglais pour la LV1 ou l’espagnol pour la LV2. L’Allemand pâtit de sa mauvaise image et d’une idée très présente, celle que l’Allemand est dure. Là encore, la baisse des effectifs, la difficulté à recruter des professeurs compétents n’est pas à imputer à la réforme actuelle.

Dans les textes, la LV2 gagne 1h30 d’enseignement par semaine, ce qui n’est pas négligeable. En effet, les élèves auront donc suivi, de la 5e à la 3e, 7h30 d’ enseignement de LV2 par semaine (2h30 en 5e, 2h30 en 4e, 2h30 en 3e), contre 6h aujourd’hui (3h en 4e, 3h en 3e).

Autre point, il est inscrit dans le projet que la fameuse classe bi-langue peut être maintenue que pour les élèves qui auront étudié une langue autre que l’anglais en primaire. Évidemment le « peut » dépend surtout des dotations horaires attribuées aux établissements. Là, rien est défini, c’est sûrement le point sur lequel il faut approfondir les discussions. A ce projet, s’ajoute le projet de refaire la carte des langues en primaire.

Là où le problème se cristallise c’est que les professeurs d’Allemand verraient leurs heures diminuer sur un établissement (Perte entre 4h30 et 6h30 par semaine). Les professeurs seraient alors obligés de se répartir sur plusieurs établissements. Il serait en revanche intéressant de voir si le professeur d’Allemand ne peut pas participer à des EPI notamment celui de Langues et cultures étrangères dont un module complémentaire existe. Il n’est pas question de comprendre ce que je ne dis pas, la situation des professeurs d’Allemand ne fait pas rêver mais il ne s’agit pas non plus de la disparition de l’Allemand.

  • De l’enseignement de l’Histoire

Il s’agit là d’un point bien qui cristallise les fanatismes politiques plus qu’autre chose. Le programme ne varie que très peu de ce qui est déjà enseigner actuellement.

Certains axes, dits « facultatifs » sont au choix de l’enseignant notamment les axes qui ne sont pas en gras, comme présentés dans le projet :

5ème

Thème 1

La Méditerranée, un monde d’échanges : VIIXIII e siècles

L’Islam : débuts, expansion, sociétés et cultures

Les empires byzantin et carolingien entre Orient et Occident

Routes de commerces, échanges culturels

Thème 2

Société, Église et pouvoir politique dans l’Occident chrétienXIe XVe siècles

Une société rurale encadrée par l’Église

Essor des villes et éducation

La construction du Royaume de France et l’affirmation du pouvoir royal (XeXVe siècles)

Thème 3

XVe XVIIe siècles : nouveaux mondes, nouvelles idées

Le monde vers 1500

Pensée humaniste, Réformes et conflits religieux

L’émergence du roi absolu

4ème

Thème 1

L’Europe et le monde XVIIe – XIXe siècles

Un monde dominé par l’Europe : empires coloniaux, échanges commerciaux et traites négrières

Sociétés et cultures au temps des Lumières

La Révolution américaine, liberté politique et « nouveau monde »

La Révolution française et l’Empire

Thème 2

Le XIXe siècle, un bouleversement inédit des économies, des sociétés et des cultures

L’industrialisation : économie, société, culture

Conquêtes et sociétés coloniales

Thème 3

D’un siècle à l’autre : la transformation du monde

Construire, affirmer, consolider la République en France

La Première Guerre mondiale et les violences de guerre (inclus le génocide des Arméniens)

3ème

Thème 1

De « Versailles » à « Nuremberg »

L’Europe entre démocratie et régimes totalitaires

La Seconde Guerre mondiale ; génocide des Juifs et des Tziganes ; déportations et univers concentrationnaires

Sciences, arts, cultures dans l’entre deux‐guerres

Les femmes au coeur de sociétés qui changent

Thème 2

Guerre froide et décolonisation

L’Est et l’Ouest au temps de la guerre froide (jusqu’à 1989) : pratiques politiques, modes de vie et visions du monde

Décolonisation et construction de nouveaux États

Thème 3

Les Françaises et les Français en République de 1944 à nos jours

De la IVe à la Ve République : démocratie sociale et évolution de la place de la France dans le

monde

La France des années 6070 : une société en mutation

Cela pose la question des élèves qui changent de classe en cours d’année ou des épreuves du DNB ou encore peut-être les inégalités entre les classes qui ne verront que les axes obligatoires et les autres. Mais le programme reste quasi-inchangé et le fait que l’enseignement de certains axes soient laissés au choix du professeur ne veut pas dire qu’il est facultatif. Cela apporte une certaine liberté d’enseignement.

Pour conclure, ce qui me glace le sang et me crispe à chaque lecture d’une critique de la réforme, ce sont les plaintes au sujet « d’une cohésion sur le cycle avec l’ensemble de l’équipe ». En effet, travaillant par cycle, il ne s’agit plus de faire un programme annuel mais d’avoir un projet porteur et cohérent sur trois ans. Effectivement, cela nécessite une bonne cohésion de l’équipe éducative et un travail commun pour répondre au projet éducatif et au projet de l’établissement, est-ce vraiment une tare que d’avoir voulu rendre l’enseignement du collège cohérent avec le projet de l’établissement ? Ne serait-ce pas là l’intérêt des collégiens ?

Bien sur, il faut que les emplois du temps soient aménagés pour permettre cette cohésion, prévoir un temps de discussion pour les professeur de l’établissement. Mais plutôt que de partir en guerre, pourquoi ne pas laisser une chance à une réforme qui a pour but une cohésion entre tous les cycles de l’école? Pourquoi ne pas saisir l’opportunité de remobiliser nos élèves? Nos connaissances? Nos capacités pédagogiques ? Car, si beaucoup sont réfractaires, est-ce un tort de vouloir que nos élèves soient meilleurs? Ces professeurs qui se hissent pour le maintien du collège d’aujourd’hui, sont parfois ceux qui se sont hissés contre la réforme qui l’a créé! Notre système scolaire est une chance, une chance pour tous, accessible à tous avec des professeurs compétents, il n’est pas possible que nous restions mal classé chaque année. Rendons justice à notre système éducatif, donnons une chance à nos élèves, à l’avenir.
Et si ça ne marche pas, demain, réformons!

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