Lecture

Toute une histoire – Hanan El-Cheikh

Ce qui devait arriver, arriva …mon médecin m’a déjà arrêtée …le bon côté des choses, c’est que je peux prendre le temps d’écrire ici et de vous parler de ce roman qui est WAHOU!

Clairement, il n’y a pas d’autre mot.

WAHOU !

C’est un roman passionnant qui parle du parcours d’une femme et à travers celui-ci, des femmes. Le roman est écrit à la 1er personne et raconte l’histoire de la mère de l’auteure.

Il s’agit donc d’une histoire de mère et de fille. D’amour et de liberté (même de féminisme). Mais surtout de liberté. Celle d’une femme au Liban dans les années 40. Celle d’un cœur qui aime, qui aime pour la vie, qui aime la vie.

La liberté d’une femme. Je crois que c’est ce qui m’a beaucoup touchée. Directement dans mon petit cœur de gourdasse d’1m60. Pendant longtemps, j’ai toujours parlé très fort, j’ai été grossière et je jurais plus que de raison ( je m’en bats les couilles, merde, putain…tout un poème!) sans trop savoir pourquoi et ne me faisant pas toujours que des amis. Pendant longtemps, aussi, je pensais qu’être libre c’était fumer des Malboro et boire du whisky. J’ai essayé de fumer sans trop de succès et pour le whisky, c’est pas gagné.

Bref, j’ai grandi avec cette image en tête sans savoir pourquoi. Elle me tenait à la peau, sans savoir où j’avais pu la piocher. Et puis, une révélation à surgit dans ces quelques lignes du roman :

 

Elle [Fatmeh] était différente de toutes les femmes que je connaissais : elle parlait fort, avec l’accent de Beyrouth, elle insultait, jurait, riait sans s’arrêter comme une hyène. Il y avait toujours une cigarette qui pendait à ses lèvres.

 

Même si je ne suis pas libanaise et que je n’y ai pas mis les pieds. Je sais que cette image c’est celle de la femme libre au Maroc, aussi. C’était ça la représentation de la femme libre dans l’imaginaire collectif des femmes de ma famille, celles que je voyais, en grandissant, entre deux allers/retours à la plage. C’est là-bas, pendant mes vacances familiales, pendant que je devenais plus grande que j’ai imprimé cette image. Celle de mes cousines trouvant des prétextes pour boire un perrier avec un garçon, se promener à Mehdia les pieds dans le sable. C’est dans les discussions de mes cousines autour d’une chicha, dans les confidences que je l’avais forgée cette image. Le whisky a la couleur du thé, les Malboro, c’est portatif et c’était les cigarettes de mon père.
Bref, lorsqu’on secoue, ça donne Fatmeh.

Je parle toujours fort mais je fais attention à mon langage. Mais, je sais pourquoi, pourquoi cette image en moi.

Le roman, nous parle également de transmission. D’une fille qui comprend sa mère « avant qu’il ne soit trop tard », qui pardonne l’absence, qui oublie, qui devient adulte, qui épouse la vie. Et je crois, que c’est la chose la plus belle que j’ai pu lire à ce sujet. Vraiment.

L’histoire prend un tournant lors du mariage entre une gamine et un homme bien plus âgée pour finir en beauté. Pourtant, rien n’est vulgaire, affreux ou pathétique. C’est cru, c’est bien dit, c’est la vie.

Je jouait sur le toit quand ma mère et ma belle-sœur Khadijeh m’ont appelée pour que je descende. Elles m’ont demandé d’aller dans la chambre des garçons et d’y dire ces mots :  » Tu seras mon substitut. » Ensuite, je pourrais retourner jouer.

C’est ainsi que je me suis retrouvée mariée à Abou Hussein, qui avait dix huit ans de plus que moi et qui reproché à ma mère de continuer à m’allaiter passé ma première année. Quand j’étais petite, je croyais qu’il s’appelait « Attention le voilà » parce que, chaque fois que je courrais, sautais ou riais aux éclats, les grands me mettaient en garde en soufflant  » Attention, le voilà!

 

Enfin, c’est une femme « illettrée » qui nous apprend à vivre, à vraiment vivre, qui nous apprend à être soi. C’est de l’intérieur, ce sont des qualités humaines, une vulnérabilité, une écoute que l’on néglige trop souvent. Encenser le savoir théorique et les bancs scolaires en négligeant l’humain, n’est pas sagesse.

Tout est juste, le ton, chacun des mots ( ce qui est bien trop rare dans une traduction), et même la poésie. En lisant ce roman, moi aussi, j’ai grandi. Moi aussi, j’ai arrêté de considéré ma maman que comme une maman, mais comme une personne avec sa vie, ses choix et ses envies. D’ailleurs, elle en est d’autant plus admirable!

Un conseil : Lisez le vite!

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4 réflexions au sujet de “Toute une histoire – Hanan El-Cheikh”

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