Mala Vida, Marc Fernandez.

Coup de cœur pour ce roman qui se lit à une vitesse folle. Mi-polar mi-roman historique, c’est un mélange qui détonne sur un sujet d’autant plus poignant. Il est vrai que les vols de bébés n’est surement pas le genre de sujet de livre qu’on propose de lire à une femme enceinte, mais pourtant si, et j’ai adoré ( surtout la critique acerbe des chaînes d’info en continues, de cette dictature de l’immédiateté que je supporte de moins en moins).

C’est un premier roman pour Marc Fernadez, journaliste et co-fondateur de la revue Alibi. Le mec s’y connait en polar, quoi.

L’Espagne, cher pays de mes rêves enfantins. Entre la France et le Maroc, le pays où il fallait vivre. Entre maman et papa. L’Espagne de Mme Dora et Mme Couregelongue, les professeurs d’espagnol de mon vieux collège. Ces deux bouts de vie, dynamique, riant fort, belles, colorées, souriantes. Que j’aurais aimé leur ressembler ! Que j’aurais aimé porter leur joie de vivre! Leurs couleurs et leurs bijoux! L’Espagne, pays de ma fuite poste rupture il y a plusieurs années maintenant. Quand j’entrais à peine dans l’âge adulte, le cœur brisé, prête à découvrir la vie.
J’ai toujours été attirée par ce pays pour toutes ces raisons et quand ma moitié me dit qu’il n’aime pas spécialement ce pays, j’ai un pincement au cœur, comme si par je ne sais quel miracle, c’était le mien. (Deux pays pour soi, c’est déjà beaucoup, soyons honnête 😉 )

C’est dans cette Espagne là que l’histoire se déroule. C’est dans cette Espagne là que l’on tente d’ouvrir à nouveau les blessures du passé, histoire de les désinfecter, de les soigner plutôt que de les cacher sous un gros bandage.  Faire « payer » les atrocités du franquisme. Dans un pays fragile, jeune et abîmé par la crise. Évidemment, c’est politique.

C’est prenant et même captivant. Déjà j’avais lu, sur un sujet évoqué dans le roman, Lettres a une disparue de V.Massenot, adolescente ( et je l’ai fait lire à mes 4eme l’an dernier) qui parlait des desaparecidos en Amérique du Sud. Il s’agissait là, d’une pure fiction.Entendre l’horreur, la lire. Là, c’est différent. Différent car il s’agit d’une histoire commune, sans nom, qui a touché toute l’Espagne. C’est frappant d’horreur.

L’écriture est très fluide, simple. Les personnages sont charismatiques mais pas complexes. Chacun à sa place. Un juge/avocat épris de justice. Diego, journaliste qui survit par son métier, noir comme son café et mangé par la vie. Isabel, jeune et vaillante aveuglée par la vengeance de sa grand-mère et Ana, la transsexuelle qui a vécu l’horreur de l’Argentine. Mais cela n’est en rien gênant, cela laisse toute la place à l’intrigue.

C’est évidemment une lecture que je conseille, qui donne envie d’en savoir plus. Toujours plus. Le roman « ne raconte rien », on ne nous dit pas qui, quand, ou et comment. On ne nous donne pas d’explication, on nous offre seulement le scandale médiatique, l’information de ces milliers de bébés volés. De l’affreuse machine idéologique : éviter la reproduction sociale, éviter la contamination rouge.

Mais surtout, ce qu’il y a de fou c’est de se demander à la fin si l’on est
comme Ana ou comme Diego. Est-ce que l’on pourrait tuer par vengeance ? Est-ce qu’on le tolérerai ? Est-ce que nous resterions des êtres civilisés, droits, épris de justice ? Car, sous-jacent, il y a cela. Résister, se battre mais ne jamais franchir l’infranchissable, ne pas basculer de l’autre côté. Être confiant en l’avenir, finalement.

Croire en l’homme.

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