Le bureau de la poste de la rue Dupin – Marguerite Duras et François Mitterrand

M.D. – Je voudrais retrouver l’épisode de la poste de la rue Dupin. Vous y êtes allé pour téléphoner à Marie-Louise, la sœur de Robert, comme vous le faisiez toujours avant de rentrer. Une voix féminine vous a répondu :  » Vous faites erreur, Monsieur. » Vous avez recommencé à faire le numéro de téléphone de Marie-Louise. La voix a crié  » N’insistez pas, monsieur, puisqu’on vous dit que c’est une erreur. » Alors vous avez été sûr : la Gestapo était dans l’appartement. Et vous avez encore pris le temps de me téléphoner. Vous m’avez dit qu’il y avait le feu là où vous étiez, qu’il se propageait très vite et qu’il fallait que je parte dans les dix minutes. »

L’histoire du bureau de poste de la rue Dupin est forte. Elle raisonne deux fois plus fort lorsqu’on la met en parallèle avec La Douleur. C’est fou comme romancé, le vrai prend une dimension sans égal. Le danger semble palpable pour l’éternité.

Le recueil se compose de cette histoire mais également d’entretiens entre Marguerite Duras et François Mitterrand. Je l’ai déjà dit, j’ai une folle passion pour l’écriture de Marguerite Duras si bien que dans ces échanges, c’est sa voix que j’entendais. Si, cette voix.

M.D. – Il n’y a pas si longtemps, deux ans, j’ai lu cet admirable livre de celle que j’appelle la Princesse gothique, Karen Blixen, La Femme africaine. Elle y parle de vol des oiseaux, le soir, sous les frondaisons des arbres. Elle dit qu’ils fuient comme des poissons dans l’eau sombre. Cette image de l’air aquatique du Kenya reste dans la tête comme celle de la nuit africaine.

Comme dans toutes conversations entre deux amis, la conversation va et vient et évolue au fil du temps et des sujets. Des sujets politiques, évidemment mais pas seulement. L’Afrique, l’Amérique et la France…et la littérature.

F.M. – Encore une fois, c’était la liberté qui enflamment l’esprit. Liberté, libération, vieille chanson qu’entendent si bien les cœurs neufs. Le voyage, l’aventure, le départ. Quitter le milieu auquel on appartient, s’enrichir de toutes les images que l’on récolte – simplement en marchant sur la route, Kerouac a symbolisé ce besoin d’aller où vous porte vos pas, d’échapper au convenu ou au définitif et, qui sait? à la mort. Évasion intellectuelle aussi, à travers l’évasion physique, attrait de l’inconnu, de l’évasion, oui, s’échapper, échapper. A quoi? »

Ce qui est frappant, c’est que les discours portés par l’un comme l’autre sont encore d’actualité. A craindre l’atemporalité.

F.M – On ne bâtit rien sur la peur.Ce que j’attends de la France, c’est qu’elle n’ait pas peur du lendemain, ni de la science, ni de la pensée, ni des formes, c’est qu’elle ose, et qu’elle persévère dans son goût des considérations universelles, qu’elle s’interroge sur les autres, sur elle-même. Cela n’interdit ni les idées, ni les mots, ni les actes du quotidien.

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