Bribes de vie

Laisser l’Enfant tranquille

Comme écrit précédemment dans un article ( plusieurs fois, même), l’Enfant a débuté sa petite vie dans une famille monoparentale. Lameilleuredescopines a toujours voulu que j’explique avec mes mots ce que cela voulait dire puisqu’elle est dans une situation similaire. Jusqu’à il y a peu, que l’Enfant grandisse dans une famille monoparentale ne posait pas de problème…mais l’Enfant attrapa l’âge de deux ans et au retour des vacances d’été…rien n’a plus été.

  • Parent solo, wtf ?

Alors non, on n’est pas parent solo juste quand notre conjoint part en déplacement ou en vacances. Non, ce n’est pas juste être un parent seul avec son enfant.
Des copines mamans, j’en ai plusieurs. Des copines mamans qui vivent en couple aussi, ça m’arrive. Parfois, les tâches sont réparties de façon déséquilibrée au sein de leur couple et souvent, j’ai eu l’impression qu’elles faisaient « tout » ou elles me donnaient l’impression de tout faire. Ainsi, elles comme moi pensions que nous vivions la même chose.

Sauf que non.

Elles ont la possibilité de dire stop, de claquer la porte en sachant qu’une personne autre qu’elle sera là pour s’occuper de leur descendance les jours où c’est trop. Elles peuvent passer le relais. Elles peuvent demander à ce que l’autre se réveille la nuit, elles n’ont pas le sentiment d’être isolées, de devoir courir toujours partout, d’assurer H-24. Elles ont le droit à l’erreur, elles peuvent demander de l’aide à une personne qui partage son quotidien et celui de leur progéniture commune. Elles peuvent discuter, s’interroger à deux sur les choix et l’éducation. Elles peuvent aller au resto avec les copines sans prendre de baby-sitter. Elles ne se baladent pas seule avec en tête : les inscriptions au sport, l’école, les commentaires, les sorties, les courses, le travail, les vêtements, le vélo, le jardin, le chocolat chaud du goûter, les lessives, le balais, pas trop de télé, les repas équilibrés, le médecin, le doudou lessivé, les visites, le vide, le ménage, le silence, les cris, les pleurs, les nuits hachées, la toux, les copains à l’école, les malheurs, les bagarres, le manque de l’autre parent à expliquer, les draps à changer, le dentiste, les dessins, les câlins, les crises de 18h, la fatigue. Le manque de temps, la panique, les questions. Le camion de pompier, le piano, les collages, la pâte à modeler et la vaisselle. L’apparition d’un bouton, d’une rougeur et l’inquiétude de caser le RDV médecin sans trop toucher aux heures de boulot pour continuer à avoir une paie honorable. Les crises d’autorité et celle d’amour, confisquer un jouet et en offrir un autre, passer du temps de qualité tout en s’accrochant à chaque principe d’éducation. La crainte de faire fausse route, être la tête dans le guidon. Se tromper, douter et se dire qu’on échoue, qu’on y arrive pas, qu’on n’est pas à la hauteur etc..etc..etc…
Ce n’est pas que les parents ne se posent pas ces questions ou que le parent solo est mille fois plus fort et se métamorphose en super héros – absolument pas. En revanche, il faut admettre que discuter est bien plus salvateur que monologuer il n’y a qu’à voir Andromaque, Rodrigue ou Médée.

Porter la charge de l’éducation sans pause, sans en parler avec l’autre parent: JAMAIS, c’est une lourde et grande différence. La charge mentale est portée à deux selon une répartition propre à chacun. Et ces couples parentaux n’ont pas non plus la charge de la représentation sociale, ce jugement quand on lâche un « Non, nous sommes séparés avec le père ».
J’ai compris cela au détour d’une conversation avec Lameilleuredescopines. J’ai aussi compris car depuis peu, j’ai la possibilité de prendre une pause en toute confiance (Merci Pizaguetti, roi des Vikings) et ça change tout.

  • Les mots pour Lameilleuredescopines

Elle veut que j’explique avec mes mots nos maux, pour ne pas qu’on nous prenne en pitié, pour que l’on ne nous fasse pas sentir plus incompétente qu’une autre. Et puis pour les hommes de nos vies. Elle veut écrire sur cette faille béante. Elle veut faire crier la femme à l’intérieur du corps de mère. Parfois, des bras pour oublier. Parfois, des fucks pour oublier. Parfois, des bières pour oublier. Parfois, des fleurs pour oublier.Elle veut dire qu’on ne demande pas de s’occuper de nos vies, juste de nous offrir un abri pour la pluie, un sourire pour l’espoir. Juste de quoi nous reposer, nous poser. Juste le plaisir de danser encore. Ne plus être pointée du doigt, ne plus entendre la pauvre. Elle veut crier que l’Autre avec l’Amour dans nos yeux, n’est pas une rédemption aux yeux des parents à la sortie de l’école. Elle veut hurler qu’être deux ne nous rend pas socialement acceptable. Elle veut sa vie, celle qu’on lui a prise sans rien nous demander. Elle veut la vivre, ne pas attendre, ne pas dépendre, elle veut être libre. C’est ça qu’elle veut. Et l’amour. Aimer un autre que son prochain. Aimer pour deux ou pour dix, sortir d’une bulle si lourde et explosive. Une bouée. Elle fuit la fusion. Une bouffée d’air. Un jardin avec un cerisier en fleur.

  • Laissez nos enfants tranquilles

Le concept du parent solo, c’est quand même qu’il est seul pour tout assumer. Il est donc fort probable que l’Enfant en profite. On ne va pas se mentir, c’est toujours plus simple de me demander 5min de Pat patrouille à l’heure du dîner que si nous étions deux et que l’on pouvait la doucher pendant que je lui prépare ses carottes. Il est vrai que souvent, cela génère de la culpabilité à laquelle vient s’ajouter le regard de la société ( souvent des femmes, d’ailleurs) :

  • Me prendre en pitié parce que je suis seule et que j’élève l’Enfant. (alors que…ok je me tais)
  • Souligner l’ensemble des manquements du père durant la période où l’Enfant est avec moi – ce qui ne dit pas que je fais les choses, juste que l’autre ne les fait pas.
  • Me catégoriser socialement par mon âge et ma situation de mère célibataire puisque dans le regard des gens, je vous promets, on passe dans la catégorie inférieure, genre « pauvre fille qui a écarté les jambes et qui n’a pas su garder son mec » voire ‘écervelée facile » … de la poésie à l’état pur …alors que chacune des situations est différente et qu’on ne porte pas son résumé sur le front.
  • Sous-entendre que quand même c’est un peu de ma faute (oui, oui véridique ça arrive)
  • Me faire comprendre que l’Enfant n’ira jamais bien parce que ses parents sont séparés.

STOP

Il y a comme un besoin malsain d’asseoir sa supériorité de parents en binôme dans cette façon de tout ramener à notre situation familiale. Comme si un parent solo qui réussirait, c’était la remise en cause de la réussite de deux parents ensemble. Un risque, un danger ou que sais-je. Comme si être en couple avec le parent de sa progéniture c’était lui garantir le meilleur par principe et que le parent solo ne pourrait jamais accéder à ce level . Comme si accepter qu’un parent solo puisse faire son job de parent et réussir*, c’était trop dur car il fallait admettre que le modèle traditionnel n’est pas la vérité unique mais un joli mythe à parfois déconstruire.

Un Enfant qui grandit avec ses deux parents qui ne s’entendent pas est-ce mieux? Un foyer où l’Enfant grandit avec ses deux parents dans un climat tendu ou une sphère déséquilibrée est-ce mieux? Un enfant au milieu de parents en souffrance, est-ce mieux?

Rien ne garantit l’équilibre et le bonheur d’un enfant si ce n’est la considération, l’écoute et l’amour qu’on lui porte. Il n’y a pas de règle lorsqu’il s’agit d’éduquer un enfant si ce ne sont celles que nous nous sommes fixées. Il n’y a pas de situation mieux qu’une autre sur le papier, pas de recette magique, pas de concurrence non plus.

Oui, son père et moi ne nous entendons pas spécialement bien. On peut même dire que la relation de communication est de type médiocre, certes. Mais il s’agit de son père et cette relation entre adultes ne doit pas définir l’identité de l’Enfant et il faut que l’entourage de l’Enfant arrête de souligner les ratés à côté de ses oreilles … cela génère de la culpabilité et trouble ses sentiments. Nos enfants ont le droit d’aimer leurs deux parents et pas un plus que l’autre ou l’un moins que l’autre. Il n’y a pas de concurrence entre les deux. Il y a deux situations, deux investissements peut-être…il y a mille façon de faire mais ne pas sous-entendre à côté de l’Enfant qu’un parent vaut moins que l’autre. Les enfants n’ont pas à porter et entendre le regard d’un adulte sur leur situation.

Je vous avoue que si l’Enfant présentait un air malheureux et ne riait jamais, je me poserai davantage de questions. Seulement, elle a l’air coquin scotché à la face et le rire ravageur.

Pour l’Enfant, ce qu’elle vit n’est pas la situation de référence des adultes mais c’est SA situation référence. Elle est née chez maman, elle va chez son père. Ce n’est pas toujours facile, c’est évident, mais elle apprend aussi à se séparer, à retrouver, à s’adapter. Elle apprend que même sans présence continue, il y a de l’amour. C’est important aussi.

  • L’Enfant de deux ans et demi

Si je veux bien entendre l’impact des allers/retours chez son père un weekend tous les quinze jours, je veux surtout crier au monde entier de foutre la paix à cette Enfant.

Les adultes, amis comme professionnels, scrutent et trouvent une raison à tout. Et on me fait bien comprendre que ma fille se joue de moi. Qu’elle me fait « tourner en bourrique » comme j’ai pu l’entendre, il y a quelques heures.

Et si, en effet, l’Enfant, sait se faire remarquer et attirer l’attention, rien n’explique que l’adulte justifie son comportement par sa situation familiale. Premièrement, parce que l’âge et le développement d’un enfant explique les écarts de comportement d’une petite fille de deux ans et demi qui est fille unique et deuxièmement parce qu’à exprimer ce genre d’idée à ses côtés…elle va finir par les ancrer en elle et se définir ainsi.

Mais quel enfant de cet âge n’a pas des écarts de propreté lorsqu’il est fatigué? Quel enfant de cet âge ne boude pas quand ce n’est pas le jour ? Quel enfant de cet âge n’a pas tapé du pied voir si ça marchait mieux? Quel enfant de cet âge n’a pas renversé ses petits pois en pluie verdoyante juste pour voir son parent devenir rouge et ravaler ses larmes? Quel enfant de cet âge n’a pas renversé huit cent fois son verre d’eau ce mois-ci parce qu’il « veut faire seul moi » ?

 

*réussir: réussir ce n’est pas être parfait, c’est aboutir à un résultat.

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6 réflexions au sujet de “Laisser l’Enfant tranquille”

  1. Je te comprends très bien ce que tu ressens pour être passée par là il y a quelques années. J’ai toujours un peu de haine pour les mamans en couple qui disent ou écrivent des trucs du style « cette semaine, j’ai été maman solo ». Cette semaine, sérieux?
    Pendant longtemps, ma plus grosse crainte a été qu’il m’arrive quelque chose pendant la nuit alors que j’étais seule avec mon fils. Aujourd’hui, ça va mieux car mon fils va avoir 7 ans et sait appeler. Et puis, je m’entends beaucoup mieux avec son père qu’à l’époque de la séparation (il y a bientôt 6 ans).
    Je me souviens de membres de ma famille chez qui j’ai senti de la pitié et j’ai pas compris. J’ai pas compris parce que de nos jours, une maman solo, c’est courant (Je crois qu’on va vraiment vers une société de parents solo d’ailleurs). Étrangement, les commentaires ne m’ont jamais affectés. Je m’en foutais royalement de ce qu’on pouvait penser sur le sujet.

    1. C’est ça….la crainte de la nuit. Elle est terrible celle là.
      Je suis trop vindicative pour me foutre de ces réflexions injustes. Les structures familiales évoluent, j’ai envie de secouer les gens avec leur pitié et leurs préjugés. Je suis très heureuse et parfois recevoir ces commentaires me donnent l’impression que je ne devrais pas y avoir droit ou que je devrais être une éternelle malheureuse. C’est terrible énervant.
      Il m’est arrivé de rencontrer un professionnel qui par association de préjugés m’a classée parmi les sans emplois parce que j’étais mère isolée…c’est dire.

      1. Ah moi, je rentre dans tous les clichés. Chômage + petits boulots à la base+ soucis de santé. Aujourd’hui, plus que problèmes de santé…mais je m’enfous, j’ai eu ma dose de conneries pour trois vies et j’avoue que sur ce sujet, va savoir pourquoi, je n’ai jamais écouté personne. Mon fils est heureux, le reste, rien à secouer

      2. Je ne sais pas. Je pense que j’ai simplement vécu des choses que j’ai trouvés plus injustes dans la vie et puis, j’ai grandi dans une famille où mes parents ne s’entendaient pas. Je sais les dégâts que ça fait et je ne voulais pas pareil pour mon fils. Son père, non plus. Ben voilà, c’est le plus important. Après tout n’est pas parfait mais jusque-là, on gère 🙂 Je te souhaite la même chose…Le temps va faire son oeuvre, normalement 😉

  2. Je suis, encore une fois touchée par ce que tu écris … Cette impression de passer pour l’imbécile qui n’a pas su garder son mec (je le dis souvent, mais j’ai parfois l’impression que ma vie actuelle pourrait être un épisode d’NRJ12…)
    Et puis comme si on était des demi-familles … Comme si c’était une insulte qu’on puisse y arriver
    Par contre moi je ne souffre pas d’entendre des mères en couple dire qu’elles sont mères célibataires la semaine ou autre chose incongrue… Non, tu N’ES PAS mère célibataire et je t’assure que tu ne veux pas savoir ce que c’est… Je crois que c’est la chose la plus douloureuse et difficile que j’aie eue à faire de toute ma vie.
    Bref, merci pour ces jolis mots, parce qu’on n’est pas des demi mères, on est même carrément des guerrières !

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