Bribes de vie

Corps, maternité, féminisme?

Après une discussion avec M.Pizzaguetti, celui-ci me signifiait combien « On dirait pas que je n’étais pas bien avec mon corps. » Il me dit même que j’ai l’air plutôt à l’aise.

Vaste blague, non? Oui.

  • Avant ma grossesse:

J’ai passé une très grande partie de ma vie à scruter mon corps comme une grande partie de filles. Je détestais le sport, l’idée de mon corps en mouvement, en activité me répugnait. Je l’imaginais disgracieux, un truc à ne pas montrer. Même très jeune, je me souviens avoir trouvé mon corps gros et mou. Autant vous dire que c’était loin d’être vrai mais dans ma tête ça l’était avec une force incroyable. Cet amas de chair avait beau me faire exister, je n’en voulais pas. Comme si, à force de ne surtout pas vouloir prendre de place, de ne pas déranger, j’avais chercher à m’effacer. A m’excuser d’exister. Ce que j’aurais aimé prendre peu de place. Combien j’ai fantasmé sur ces filles si silencieuses au rire discret! Celles qui ne disent jamais un mot trop haut. Un peu comme une Barbie. Ces poupées jamais dotées de voix. Ce mythe de la fille qui ne parle que pour l’essentiel. Celle qui ne s’énerve jamais là où moi, apparemment, je suis clairement née énervée, le poing levé et la revendication facile.

Parler fort, c’était ma marque de fabrique plus jeune et on me l’a assez reproché. J’ai essayé de gommer ce trait de ma personnalité, plus je voulais disparaître et plus je prenais de la place. Tout ce que je gommais, finissait pas ressortir. Comme une lutte intérieure entre mon envie de prendre ma place et celle de m’y soustraire. N’y arrivant pas, j’ai finalement exacerbé ce trait là passant pour la rigolote de service. La fille extravertie, un peu folle et surtout pas réfléchie. Lorsque j’étais étudiante notamment, j’épousai la figure de la fille dans l’excès quitte à passer pour une écervelée. « La bonne copine » décrite dans mille et un articles de presse féminine que j’ai tous lus – à l’époque. Souvent, mes résultats aux partiels ont étonné, on y voyait une incohérence. On a souvent parlé de « chance » rarement de mon travail (seules, certaines savent combien il y a eu de travail) ou de mes compétences. Comme si je ne pouvais pas ricaner bêtement sur mes talons lors des Happy Hour et tenir la route scolairement parlant.

Alors, toute extravertie que j’étais, j’offrais strass et paillettes. Que du superficiel. A vouloir disparaître, on ne s’écoute pas. On ne s’apprend pas. Aucune idée de la femme que j’étais. Mon excédent de curiosité se portait sur les sujets politiques que j’empoignais à bras le corps, militant dès mes 17 ans. Je me plongeais dans la politique pour oublier combien je détestais mon ventre, mes genoux, mes paupières, ma peau, mes cheveux… Longtemps. Très longtemps. Impossible de regarder mon corps. Ce truc en trop.

La question du corps, ce n’est pas seulement le poids ou l’alimentation.
C’est dans la tête et c’est aussi la confrontation toujours plus nombreuse avec des corps de nymphettes et des Barbies – des idéaux de perfection inexistants. (et tant mieux)

N’ayant pas eu d’éducation sur ce qu’est une femme, le sujet tabou. N’ayant jamais eu de discussion sur les règles, l’amour, les métamorphoses du corps. N’ayant jamais eu d’information de la part d’un adulte sur ces sujets là à l’âge de question, je cherchais mes réponses dans ….la presse féminine. (La bonne idée). J’ai arrêté d’en lire en 2013/2014 alors que j’étais à la limite de la dépression. N’être jamais assez bien, « assez bonne ». Ne jamais avoir le bon sac, le bon produit, ne jamais aborder les bons codes sociaux, ne jamais pouvoir saisir « le vrai amour ». Être toujours en retard sur son temps, ne jamais pouvoir être satisfaite.
Durant cette période, heureusement, il y a eu Claire, Clem, Sarah et Simone pour casser ce cycle infernal. (Amour éternel pour vous)

  • La grossesse

Devenir mère à l’intérieur de moi, c’était devenir responsable d’un être vivant détaché de moi : l’Enfant. Ainsi, j’ai commencé à me détacher de l’approbation parentale très souvent recherchée (même dans la contestation) pour devenir moi.

Et alors, je n’ai eu aucun problème à voir ce ventre s’arrondir, prendre de la place. A voir les kg s’envoler sur la balance, à avoir mal de porter ce ventre sur mes jambes. Et pour le poids que faisait l’Enfant, de la place, il y en avait. Je trouvais ça beau, je trouvais le ventre tant haï, « utile ».
Malgré cette vision utilitariste, j’ai commencé à apprendre à l’écouter, à l’apprécier. A le découvrir, surtout parce que j’ai passé un certain nombre de temps à l’hôpital à entendre nommer des organes. C’est fou ce qu’il y a dans un corps.

J’ai commencé à voir la magie du corps humain, son élasticité, sa capacité à créer de la place, à changer, à se métamorphoser. Le corps humain est une multitude de faits magiques. Et c’est beau.

  • Après la grossesse

J’ai vraiment compris le problème après m’être rendue compte que j’avais adoré qu’on me dise :

« Wahou! T’es mieux maintenant qu’avant ta grossesse! »

Je me suis aperçue,après ma grossesse, du besoin de l’effacer de mon corps. Cela ne devait pas se voir. Je panique encore quand je fais un bon 36. Et après, je m’engueule de le penser une seule seconde. Je m’engueule de me trouver grosse et d’être ravie de sentir mes os saillants. Comme s’il s’agissait d’une victoire.

Après avoir rencontré M.Pizzaguetti, je me suis mise au sport avec deux fois plus d’acharnement pour des résultats impressionnants. Ma sœur en fut stupéfaite. L’idée, c’était de gommer ma grossesse et de présenter un corps musclé qui incarnerait un mode de vie actif et positif parce que c’est bien plus séduisant que le visage de la maman fatiguée ( et aussi parce que je suis active et positive).

Et puis, le mythe de la femme mince et en forme après accouchement juste parce qu’elle a de la volonté et qu’elle, elle, ne se laisse pas aller, n’a pas aidé. Ce n’est pas drôle d’être une femme enceinte après Victoria ou Kate.

Rencontrer quelqu’un après une histoire comme la mienne, ce n’était pas gagné. Pas évident sur de nombreux plans et d’être une femme désirable et d’être une mère…Autant dire que dans mon esprit c’était le combat de chaque minute. Evidemment, lui ne le savait pas et il est fort probable qu’en lisant ces lignes, il rit et me gronde. Merci mon cerveau.

Avec les mois passés, le sport est devenu un plaisir et l’instant privilège où ce con de cerveau est mis au silence mais également un moment de rencontre avec mon corps. Il m’aura donc fallu une grossesse, une séparation et une rencontre pour que j’ouvre la porte à mon corps et qu’on fasse connaissance. Bravo meuf, tu vies juste dedans/avec depuis toujours.

  • Et alors, maintenant?

Maintenant, il y a le sport et la lecture encore et toujours. Je suis à l’aise oui, avec mon corps.  Je suis encore de celles qui s’effacent pour laisser exister les autres – au cas où. Je suis de ces personnes pour qui demander quelque chose est un acte impossible.
En vivant dans mon corps, cette énergie avec laquelle je suis née s’exprime par l’activité physique. Elle découvre des muscles et tapisse sa bâtisse. Pourtant, je souffre toujours du syndrome de l’imposteur. J’ai parfois l’impression d’être dans un ascenseur de verre, en prison. C’est la voix dans mon estomac, celle qui crie et jaillit. Celle qui tourne en rond quand je ne l’écoute pas.
Et puis toujours, au détour d’une lecture, j’ai compris : la cage de verre, être dans le monde sans trop y être, c’est la condition de femme. Et cette voix, elle est là pour briser chaque jour un peu ce verre. Être une femme qui ne veut pas rester dans le rôle de la femme que la société lui suggère autoritairement, c’est ce que je suis. J’ai souvent regretté de ne pas être un homme. A six ans, quand je n’ai pas pu faire de foot avec mes frères et puis quand j’ai commencé à écrire. Écrire c’était un truc d’homme alcoolique et ténébreux.

Finalement, je ne suis qu’une femme qui se cogne aux limites de son sexe ( posée par un système patriarcal ) et qui doit prendre le recul nécessaire pour passer à l’étape suivante.

PS : Je ne dis en aucun cas que la maternité est le moyen « d’être femme ». Je parle de l’expérience physique qui m’a permis de « m’incarner », d’une expérience physique qui m’a permis de lier « corps » et « esprit » sans rejet ni de l’un ni de l’autre et qui m’a permis d’évoluer. Pas comme une nécessité fondamentale à la réalisation de la femme – loin de moi cette idée.

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