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Monsieur le Ministre,

Monsieur le Ministre,

Vous avez souhaité répondre à la pétition l’affaire du siècle. Il s’agit d’une pétition signée par plus de 1,8 million de personnes pour attaquer l’Etat en justice pour inaction climatique. Partout, on a pu lire des bribes de votre réponse.

J’ai été agréablement surpris. Je suis heureux que les citoyens s’expriment pour lutter contre le dérèglement climatique. Il faut faire entendre la voix du climat. Sur ce sujet, le pire ennemi, c’est l’inertie.

C’est assez cocasse, vous noterez, Monsieur, parce que l’inertie, c’est exactement ce qui est reprochée au gouvernement. Monsieur le Ministre, je n’ai pas pu m’empêcher de vous répondre puisque que comme vous le dites, tout le monde est d’accord pour lutter contre le changement climatique.

En France, tout le monde est d’accord pour lutter contre le changement climatique mais en revanche quand on pose la question des moyens, c’est plus complexe. Qu’est-ce que les citoyens sont prêts à accepter?

Pouvez-vous parler de cette construction de phrase ? Votre interrogation est belle mais elle nous dit bien que c’est aux citoyens que revient la charge de la transition écologique. PIRE :  ce serait eux le frein à une transition énergétique et écologique. Ce sont ces gueux de citoyens qui s’opposent aux positions bravement assumées du gouvernement. Vilains citoyens qui veulent du changement sans rien changer.

Qui marche pour le climat depuis des mois? Qui individuellement, localement essaie de réduire son impact écologique? Qui signe des pétitions ?  Le gouvernement ou un certain nombre de citoyens?

Probablement les ministres lorsqu’ils prennent un hélicoptère pour faire une poignée de km, comme Monsieur Castaner lors de sa venue à Virsac puis à Cenon (à 80km de Virsac), en Gironde. Un pas énorme pour la lutte contre le changement climatique.

D’ailleurs, vous opposez, dans vos propos, toujours habilement, lutte contre le changement climatique et « Gilets Jaunes » qui selon vos mots voient dans l’écologie un problème. Comment voulez-vous qu’ils puissent faire autrement ?

Mon hypothèse est que le succès de cette pétition est peut-être une réplique au mouvement des « gilets jaunes » qui parle parfois de l’écologie comme d’un problème.

Il s’agit bel et bien d’une situation problème. Ce n’est pas la question écologique qui est un problème. D’ailleurs, des gilets jaunes rejoignent les marches pour le climat. Les causes ne sont pas opposées. Diviser pour mieux régner, c’est possible jusqu’à un certain point.

Le problème pour « les gilets jaunes », c’est que vous souhaitiez augmenter les taxes sur le carburant pour financer la transition énergétique. Autrement dit, c’est le moyen que vous mettez en place pour la transition écologique qui est problématique, pas l’écologie.

Taxer un produit d’utilisation quotidienne permettant aux gens de travailler et se nourrir sans leur fournir d’alternative, c’est une situation problème.  Comment moins utiliser sa voiture – et éviter un impact financier monumental que causerait l’augmentation des taxes sur le carburant-  quand il n’y a pas d’alternative? Quand notre réseau ferroviaire régional est menacé?

Comment expliquer que par souci de rentabilité de l’Etat et d’économie, vous appauvrissez les citoyens en les taxant davantage? Comment ne pas vivre cela comme une situation problème? Comment demander aux citoyens de voir sur du long terme quand ils ont du mal à envisager la fin du mois?

Il est vrai que les grandes villes ont un réseau dense de transports en commun et, de Paris, prendre le métro plutôt que sa voiture, c’est imaginable. Mais il serait judicieux de se souvenir que la France ne se résume pas à Paris et sa couronne. 

La montée des prix de l’immobilier et des loyers sur le territoire poussent les citoyens avec des revenus modestes – lorsqu’ils ne sont pas en situation de pauvreté – à s’éloigner des villes.

Or, les politiques nationales et régionales visent à une centralisation des services, toujours par souci d’économie.  

Ainsi, en plus de ne pas avoir un salaire leur permettant de vivre à proximité des services, on rajoute une charge financière supplémentaire : celle de se rendre sur le lieu de travail, se rendre aux impôts, à La Poste, à la gare, à l’hôpital où chez le médecin…

Comme hier, à l’heure de grande écoute de nos chaînes nationales, on nous conseillait de nous rendre aux guichets des impôts sur leur horaires d’ouverture, si nous n’avions pas internet ou si nous avions des questions sur l’impôt a la source. Il va falloir poser une demi-journée voire une journée pour certains dans le souci d’être informé.

Votre politique et vos propositions ne s’adressent pas aux citoyens. Elles sont à l’image d’un monde archaïque dirigé par des puissances économiques, elles visent à appauvrir le pauvre, à le maintenir éloigné, à asseoir le pouvoir du capital.
L’ennemi, pour vous, c’est le chômeur  » parce qu’il ne fait rien », mais vous assassinez la valeur du travail, vous glorifiez l’argent qui fait de l’argent. Le chômeur dérange parce qu’il vole le « luxe de ne rien faire ». Rassurez-vous, le chômeur ( quand il a la chance de l’être) éloigné de Pôle Emploi galère et la disparation de nos services publics locaux continuent à limer la qualité de vie des citoyens.

Déclassement social, classes sociales les plus pauvres mises à la marge… La transition écologique n’est pas seulement une préoccupation de personnes aisées vivant au cœur de la ville. C’est une affaire de tous. Ce n’est pas une idée politique réservée à un parti politique, c’est une réalité. C’est une question transversale, c’est une affaire de tous. Ce n’est pas une question marketing, c’est une question sur notre modèle économique. C’est une question sur notre modèle social que notre gouvernement ignore, c’est une affaire de tous.

C’est une préoccupation qui ne peut pas ignorer la justice sociale puisqu’elle lui est liée. 

Ce n’est pas dans un tribunal qu’on va faire baisser les émissions de gaz à effet de serre. Ce n’est pas à des juges de forcer le gouvernement à prendre une loi, ce n’est pas le sens de nos institutions.

Monsieur le Ministre, encore une fois, je souligne votre habileté à maîtriser la langue française  » Ce n’est pas à des juges de forcer le gouvernement ». Cela en dit beaucoup …

Le tribunal administratif existe pour attaquer l’Etat dès qu’il fait une faute et demander réparation. Alors, oui le recours n’est pas certifié gagnant mais cela arrive, comme pour toute procédure juridique. Par ailleurs, le code de la justice administrative peut envisager une injonction de faire :

article L.911-1

Lorsque sa décision implique nécessairement qu’une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public prenne une mesure d’exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d’un délai d’exécution.

La photo utilisée provient du site lvsl.fr

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