Lecture

Beauté Fatale – Mona Chollet

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Il y a un bon moment que j’ai fait l’acquisition de cet essai. Je l’ai lu en deux fois.

C’est une lecture qui m’a demandée beaucoup de concentration tant cela faisait écho en moi à des instants vécus. Entre réminiscences et prise de notes frénétiques, j’ai mis un peu de temps à le lire…puis à le digérer.

 

 

  • Ma lecture

Cet ouvrage propose une étude de l’aliénation des femmes par la culture de masse. C’est très documenté et les exemples y sont concrets, multiples et sacrément parlants.

Mona Chollet déconstruit ou/et éclaire des idées et constructions sur ce que doit être une femme aujourd’hui. L’ouvrage (oui, j’aime ce mot) nous explique comment la femme, par les normes véhiculées  est privée d’une « existence à soi« .  Elle n’existe et n’est façonnée que par le regard de l’homme, par un rapport de séduction soit dans l’attente de l’approbation de l’autre. La femme est enfermée dans le regard de l’homme.

Cette cage, cet emprisonnement passe beaucoup par la modélisation du corps de la femme. La femme étant objet, n’est pas un être pensant, on ne s’y arrête pas, c’est sans intérêt. La question du corps, de ce qu’il renvoie, là et l’intérêt. Ainsi, la question du corps devient vecteur de libération.

Il n’est pas question de se laisser pousser les poils ou d’arrêter le maquillage ou de ne plus prendre soin de soi : il s’agit d’être en mesure de faire les choses pour soi et non pas parce que c’est ce que la société attend d’une femme. Différents thèmes sont abordées : les troubles alimentaires, la mode, la minceur, la femme objet, l’objet fantasmé., l’uniformisation…

Mona Chollet expose les normes imposées pour que nous puissions faire des choix en conscience. S’approprier notre corps, sa perception, la définition même de la beauté pour rompre avec la domination…sans tomber dans le « consumérisme du bien être des femmes »

Dans un article précédent, je vous parlais de ma méfiance à l’égard du développement personnel entre injonction au bien-être et individualisme forcené.
Dans Beauté Fatale, outre la mise en garde contre l’individualisme, c’est le commerce de l’injonction au bien-être, à l’émancipation du soi. Le développement des produits, des recettes, des programmes visant à valoriser la femme en soi, l’écouter, la « dorloter », est encore une façon de dominer la femme. Ces programmes sont souvent associer au contrôle de l’image de la femme, programme « helathy », sportif…. être bien, c’est correspondre…à la norme.
Malgré ces propositions, la femme reste un objet de consommation, on lui vend un produit bien-être « parce qu’on l’a entendue » et on la vide de revendications plus profondes.

Cette confusion s’explique par ce qu’est devenu le féminisme

aujourd’hui : non plus, sauf pour une petite minorité, un engagement militant et collectif, mais une démarche de réflexion individuelle, un effort de recul critique et de sensibilisation de l’entourage. Et encore: au mieux. Comme le relève l’universitaire Nina Power dans son livre, La Femme unidimensionnelle, « le faite de la prétendue émancipation des femmes coïncides parfaitement avec le consumérisme. Elle montre à quel point le mot « féminisme » a été vidé de son sens, et la facilité avec laquelle il peut désormais s’assimiler à une sorte de développement personnel.

  • Femmes issues des minorités et inadéquation

Par ailleurs, on retrouve la thématique du privilège blanc. Je l’évoquais dans un autre article, ici, il est d’autant plus violent qu’incontestablement frappant. Les modèles véhiculés par les médias de masse sont sans appels : majoritairement blanc. Le blanc est la couleur de la norme. Le blanc, jeune et mince sont la trinité de la norme.

Or, dans le processus d’uniformisation amorcé par la culture de masse, on se rend bien compte que le modèle proposé est excluant.

Les normes dominantes entretiennent chez les femmes issues des minorités un douloureux sentiment d’inadéquation. Susan Bordo cite la présentatrice de télévision noire Oprah Winfrey, qui confiait avoir toujours rêvé de cheveux « qui se balancent d’un côté et de l’autre ».

On retrouve cette violence excluante de la norme blance – avec ce qu’elle inclue – dans le film Ouvrir la voix d’Amandine Gay ( à voir absolument !).

  • Où j’ai redécouvert Fatema Mernissi

Il s’agit d’une intellectuelle marocaine dont j’ai le livre Rêves de femmes dans ma PAL. Fatema Mernissi a interrogé l’un des grands mots mystères de la culture européenne, le mot harem.

Elle découvre alors que pour les hommes occidentaux, nourris des peintures de Delacroix, Ingres, Matisse et Picasso, le mot renvoie à un pur fantasme: celui d’un paradis sexuel peuplé de captives disponibles, alanguies et perpétuellement nues. (« les musulmans semblent éprouver un sentiment de puissance virile à voiler leurs femmes, et les Occidentaux à les dévoiler » observe-t-elle insolemment.)

Ce fantasme véhiculé et répondu est en rupture avec la réalité de ce qu’il recouvre.

« Dans le harem musulman, l’échange intellectuel, est au contraire, indispensable à la jouissance partagée. » Les califes exigeaient en effet de leurs esclaves féminines une intelligence, des connaissances et des talents oratoires, comme l’esprit de répartie, qui étaient loin de se réduire au petit vernis d’éducation nécessaire à donner le change des conversations mondaines.

 

Ainsi, Mona Chollet termine son livre sur cette interrogation de Fatema Mernissi

  » Se pourrait-il qu’en Orient la violence imposée aux femmes vienne de ce qu’on leur reconnaît la faculté de penser et donc d’être des égales, et qu’en Occident les choses aient l’air plus cool parce que le théâtre du pouvoir gère la confusion entre masculinité et intelligence?

Ne laissons pas de place aux confusions, soyons être, soyons femme.

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