Lecture

Menstruations : Libérons la parole.

Comment avez-vous découvert le monde des règles? Quelle a été votre première réaction?

  • Mon corps, moi et le regard des autres

FINE_IMG (2)En général, lorsqu’on découvre que nous avons nos « règles », notre première réaction est un truc entre dégoût et honte. Voire peur. Ma réaction a été : ne rien dire. Prendre des protections dans la salle de bain et ne rien dire jusqu’à ce que ma cousine vienne à la maison. Combien de filles se cachent en se rendant compte qu’il y a une matière brune au fond de leur culotte? Beaucoup.

Il y a eu cette fille au collège qui a eu ses règles un jour de cours. Il y avait une belle trace sur son pantalon blanc et sur la chaise. Elle a dû subir les moqueries de tous et chacune des filles s’est dit, effrayées à l’idée que nous ayons à subir une telle humiliation: « Moi, vivante, JAMAIS! »

Les règles. Les menstruations. Les ragnagnas. Charlotte à la maison.

C’est une amie du lycée qui nous prévenait ainsi. Pourquoi tant de subterfuges? Pourquoi cacher que là, durant quelques jours, notre corps évacuera du sang? A l’époque, il ne fallait pas que les garçons le sachent, se moquent. Il y avait quelque chose à cacher, on sentait encore le danger de le dire. Je ne dis pas de le crier sur tout les toits mais quand on saigne du nez, on ne va pas s’enfermer dans les toilettes en espérant que personne ne découvre l’atroce vérité.

Il n’y a rien d’horrible à ce que nous ayons nos règles. Il s’agit d’un phénomène naturel et qui plus est qui intervient en général de façon régulière (en général : nous ne sommes pas toutes égales dans ce domaine.). Devrons-nous encore nous sentir gênée d’être née avec un utérus?

Alors oui, c’est un moment d’intimité. Probablement un moment où nous devons apprendre à écouter notre corps, apprendre à pactiser avec celui qui connait de grandes transformations et façonne l’adulte que nous deviendront.

  • Et maintenant? Faut-il encore (se) cacher ?

Le fait est le suivant :  à le cacher, on ne sait rien ou peu. Pendant longtemps, les règles c’était du sang qui coulait et de vagues douleurs. Pas de question, le sujet n’était jamais abordé. Ni avec ma mère, ni avec le médecin ni avec personne, une fois que l’annonce a été faite à ma cousine. Après, je suis tombée enceinte. Et entre mes premières règles et ma grossesse? Le silence.

C’est seulement après que j’ai commencé à m’intéresser à ce cycle menstruel. J’ai attendu 183 cycles pour me pencher sur la question. Est-ce que j’ai envie que ma fille attende 183 cycles pour comprendre son corps? Non. Si on ne comprends pas son corps, comment voulez-vous qu’on l’accepte et qu’on l’aime?

Si on ne prend pas la peine d’expliquer et d’en parler alors le sujet restera tabou pour beaucoup et engendrera moqueries et humiliation. Certaines sociétés et tribus excluent encore les filles lors de la période de leur menstruation, impures qu’elles sont ! Et certaines en meurent. C’est fou.

A une moindre mesure, la honte isole également.

  • Tu es devenue une femme

Tu seras femme, ma fille. L’avantage de n’avoir pas parlé de ce phénomène naturel? Ne pas entendre le fameux « tu es une femme maintenant« . Si cette phrase signifie devenir adulte, cela est très dangereux. Les premières règles arrivent à partir de onze/douze ans en moyenne. Alors, être adulte à cet âge-là, non merci. C’est lourd, violent et complètement con. Et puis, cela signifierai qu’être femme, c’est être en mesure de porter la vie dans son utérus. C’est pas franchement le conseil qu’on a envie de donner à une jeune fille de douze ans et c’est une fois de plus réduire la femme à une fonction utilisatrice/reproductrice de son corps. A-t-on pensé à celles qui ne peuvent/ne veulent pas avoir d’enfant? Ne sont-elles pas femmes? Et si avoir ses menstruations signifie être une femme, cela interroge le genre. On peut se sentir homme dans un corps de femme et femme dans un corps d’homme, la question du genre et de l’identité que l’on porte en nous ne devrait pas se régler par une tache de sang au fond de sa culotte.

  • Éduquons nos enfants, ouvrons la parole

Cette période de crainte de la culotte tâchée desservant socialement jeunes filles et femmes restera le carcan dans lequel les femmes seront coincées. Il faut libérer la parole pour ne plus faire des menstruations une honte. Pas seulement celle des filles. Celle des garçons, aussi. Comment peuvent-ils ne pas avoir en horreur ce qu’ils ne comprennent pas/connaissent pas? Comment ensemble ne plus être dégoûtés par les menstruations si l’un renvoie à l’autre une image négative ?

Non, les règles ne sont pas sales. Oui, elles peuvent être douloureuse. Non, ce n’est pas normal. Oui, on peut avoir des rapports sexuels. Oui, on doit aussi se protéger. Non, les règles et les symptômes pré-menstruels n’invalident pas nos émotions, ressentis, discours. Non, il ne s’agit pas de sorcellerie. Oui, il s’agit d’un phénomène naturel. Oui, connaître son cycle est nécessaire. Non, nous n’avons pas toutes les mêmes menstruations. Oui, il faut en parler à son médecin si on s’aperçoit de changements qui nous inquiètent.

Bref, le jour où tu as tes menstruations. Tu as tes menstruations et tu peux aller te renseigner ici pour choisir une protection adéquate.
Et surtout, peu importe qui tu es et si tu as des menstruations, tu peux aller lire Le grand mystère des règles !

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