Décrochage scolaire et phobie scolaire

C’est une cause qui me mobilise beaucoup et qui m’a souvent demandé un très grand investissement auprès des élèves. Un investissement épuisant et pas toujours avec un retour positif. Evidemment, je m’implique autant et j’accompagne autant les élèves parce que j’aime ça et parce que cela m’importe sans que je ne sois nécessairement dans l’attente un retour des élèves mais s’impliquer et chercher des solutions sans « résultat »  me remet beaucoup en cause et m’affecte beaucoup.

  • De quoi parle-t-on?

Les textes ministériels précisent la notion de décrocheur qu’ils définissent comme « un jeune qui quitte prématurément un système de formation initiale, sans avoir obtenu ni le baccalauréat, ni un diplôme à finalité professionnelle de niveau V ou IV (BEP ou CAP) et qui n’est plus inscrit dans un cycle de formation. »

Cette définition institutionnelle est intéressante mais regroupe des situations diverses et des profils d’élève différents.  Dans son livre Décrochages et échecs scolaires (De Boeck), Catherine Blaya, professeur en sciences de l’éducation, explique qu’il y a plusieurs types de décrocheurs. Elle explique que

certains élèves ont des problèmes de comportement, ils sont punis à répétition et se construisent en opposition à l’école. Ce sont les présents-visibles, ceux qui perturbent le bon déroulement de la classe. D’autres sont des élèves moyens, peu intéressés par les cours et pas à l’aise en classe. Ils s’ennuient et restent en marge. Ce sont les présents-invisibles. Ils viennent au lycée, sont bien là dans les salles de cours, mais leurs difficultés d’apprentissage et leurs retards sont tels qu’ils décrochent sans faire de bruit. Les enseignants ignorent souvent leur présence, car ces élèves ne posent aucun problème de comportement et ne sont pas ancrés dans la spirale de l’absentéisme. Certains décrocheurs rencontrent aussi des difficultés familiales ou relationnelles, souffrent de phobie scolaire ou de dépression. Les jeunes dépressifs représentent d’ailleurs un jeune décrocheur sur cinq.

Je me souviens de O., une élève qu’on a accueillie en classe de 4ème qui avait développé une phobie scolaire. Les rendez-vous, l’accompagnement, le dialogue avec les parents et l’élève. C’est comme cela que je me suis confrontée au décrochage scolaire dans mes premières années d’enseignements. Puis, j’ai suivi quelques formations très intéressantes sur ce sujet là…et je fins par travailler avec cours singulier, une association qui lutte contre le décrochage scolaire et ouvre notamment quelques structures dont une à Libourne.

  • Comment le prévenir ? Quel(s) signe(s) ?

Il est possible de prévenir le décrochage…mais souvent les signes se sont accumulés. Les alertes les plus fréquentes (et visibles) sont :

– fléchissement des résultats scolaires
– absentéisme
– accumulation des sanctions
– somatisation

  • Que faire ?

Le discours sur l’école est important à la maison mais il ne doit pas prendre toute la place. En effet, s’il est très important de ne pas dévaloriser l’école auprès de l’élève (ce qui va renforcer la spirale décrochage et faire perdre toute crédibilité à l’institution scolaire) il est également primordial de ne pas mettre « la pression » à son enfant. Plus la pression est grande, plus l’enfant aura du mal à la supporter et souhaitera s’en soustraire.

  • Phobie scolaire, kesako ?

Il s’agit simplement de la peur d’aller à l’école. Oui, d’accord ce n’est pas toujours un grand kiffe d’aller en classe mais lorsque le lieu de l’école est associé à la souffrance, ce n’est pas à prendre à la légère. La déscolarisation de l’élève arrive vite. Si la phobie scolaire est effectivement une pathologie reconnue maintenant, elle n’empêche pas l’élève de décrocher. Dans son ouvrage sur la phobie scolaire, Marie France-Leheuzey pointe du doigt la grande course à la réussite scolaire notamment chez les élèves déjà anxieux de nature. En effet, la réussite scolaire, les notes, les comparaisons, la peur de l’échec peuvent conduire l’élève à se désengager car il ne se sent plus à la hauteur – qu’il soit bon ou mauvais élève, cela ne changera rien. C’est l’image de soi, son estime et « sa valeur » dans le système scolaire qui sont touchées.

  • Des solutions?

Le suivi de l’élève est primordial et suivre son rythme aussi mais il est évident que ce n’est pas avec l’augmentation de nos effectifs en classe que nous pouvons le faire. L’idée de faire de l’accompagnement scolaire ma profession ( « coach scolaire ») principale m’appelle toujours un peu plus chaque année. Réfléchir à ces questions tant sur les structures scolaires que prendre l’élève par la main et travailler ensemble. Pas nécessairement à l’obtention d’un diplôme ou mille mais à la réalisation de la personne en devenir, à ce que l’élève prenne confiance en lui et soit armé pour grandir comme personne.

 

 

 

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